lundi 31 mars 2014

#Généathème : Le métier de Chef de Cabinet

Le généathème du mois de mars étant consacré à vous faire découvrir un métier, il est temps pour moi de vous parler d’un métier un peu particulier que j’ai vraiment découvert en préparant cet article.
Ce n’est pas un métier très ancien et c’est même un métier plutôt actuel…
Il me paraissait un peu flou et je ne savais pas trop ce que cela représentait.
C’est le métier de chef de cabinet.

On m’a toujours dit que mon arrière grand-père avait travaillé dans des ministères et qu’il avait été un proche collaborateur de deux ministres : Paul Painlevé et François Piétri.
Mais moi, la politique de l’entre-deux guerres m’a toujours semblée compliquée et je ne m’y suis jamais vraiment intéressée alors de là à connaître Painlevé et Piétri….


J’ai donc décidé pour ce généathème d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de notre beau pays et je me suis plongée dans la politique des années 30…. en suivant la carrière de mon arrière-grand-père, François Albert Louis TAJASQUE dit Albert et surnommé affectueusement Papachou par ma grand-mère puis Patiyou par son petit-fils Claude.

Albert TAJASQUE (1877 – 1959)
vers 1925
Source : Archives familiales

Albert TAJASQUE est né le 5 juillet 1877 à Toulon (83). Il est le premier enfant de Jacques TAJASQUE, Lieutenant de vaisseau à l’époque, et Léontine DUPUY (dont je vous ai parlé ici lorsque je vous ai fait découvrir le journal qu’elle a écrit entre 1879 et 1916).

Quelques années plus tard, il aura deux frères, Léon en 1883 (Mort pour la France  le 4 juin 1917 que vous pouvez découvrir ici) et Georges en 1887 (voir mon arbre en ligne sur Généanet ici).

Grâce aux archives familiales, j’ai pu découvrir plusieurs exemplaires du journal parlementaire hebdomadaire Le Petit Bleu1 qui a été une mine d’informations.

Le Petit Bleu

Source : Archives familiales

On y trouve en effet les différentes affectations d’Albert entre 1925 et 1936 :

du 17 avril 1925 au 29 octobre 1925 : Gouvernement Paul Painlevé (2) : Ministère des colonies d’André Hesse – Attaché au cabinet

du 28 novembre 1925 au 6 mars 1926 : Gouvernement Aristide Briand (8) : Ministère des colonies de Léon Perrier – Attaché au cabinet

du 9 mars 1926 au 15 juin 1926 : Gouvernement Aristide Briand (9) : Ministère des colonies de Léon Perrier – Attaché au cabinet

Entre  le 23/07/1926 et le 1/06/1928 : Ministère de la guerre de Paul Painlevé – Chef adjoint du cabinet civil
Entre le 1/06/1928 et le 6/11/1928 : Ministère des colonies de Léon Perrier – Attaché au cabinet

du 11 novembre 1928 au 26 juillet 1929 : Gouvernement Raymond Poincaré (5) : Ministère de la guerre de Paul Painlevé – Chef adjoint du cabinet civil

du 2 mars 1930 au 4 décembre 1930 : Gouvernement André Tardieu (2) : Ministère des Colonies de François Piétri – Chargé de mission

du 13 juin 1931 au 12 janvier 1932 : Gouvernement Pierre Laval (2) : Ministère du Budget de François Piétri – Chef adjoint du cabinet

Du 3 juin 1932 au 14 décembre 1932 : Gouvernement Édouard Herriot (3) : Ministère de l’Air de Paul Painlevé – Chef adjoint du cabinet

du 20 février 1932 au 3 juin 1932 : Gouvernement André Tardieu (3) : Ministère de la Défense Nationale de François Piétri – Chef adjoint du cabinet

du 31 janvier 1933 au 24 octobre 1933 : Gouvernement Édouard Daladier (1) : Sous-secrétariat d’Etat des Travaux Publics et du Tourisme de Pierre APPELL – Chef de cabinet

du 26 octobre 1933 au 24 novembre 1933 : Gouvernement Albert Sarraut (1) : Ministère des Colonies de François Piétri – Chef adjoint du cabinet

du 9 février 1934 au 8 novembre 1934 : Gouvernement Gaston Doumergue (2) : Ministère de la Marine de François Piétri – Chef du cabinet civil

du 8 novembre 1934 au 31 mai 1935 : Gouvernement Pierre-Étienne Flandin (1) : Ministère de la Marine Militaire de François Piétri – Chef de cabinet

du 7 juin 1935 au 22 janvier 1936 : Gouvernement Pierre Laval (4) : Ministère de la Marine de François Piétri – Chef du cabinet civil


du 24 janvier 1936 au 4 juin 1936 : Gouvernement Albert Sarraut (2) : Ministère des Colonies de Jacques Stern – Attaché au cabinet


Albert TAJASQUE à son bureau vers 1925
Source : Archives familiales

Albert a principalement travaillé au Ministère des Colonies et au Ministère de la Marine mais aussi pour le Ministère de la Guerre, du Budget, de l’Air…

On s’aperçoit en réalité qu’il a travaillé en premier lieu avec Paul Painlevé avant de collaborer étroitement avec François Piétri.



Paul Painlevé (1863 – 1933)
83e président du Conseil des ministres français et
Ministre de la guerre et Ministre des finances
Source : Gallica

  
François Piétri (1882-1966)
Député de Corse de 1924 à 1940.
Il a été plusieurs fois ministre dans l'entre-deux-guerres
Source : Gallica


Mais qu’est-ce qu’un Chef de cabinet ?

Un Chef de Cabinet est l’employé d’une personnalité politique.
C’est la personne chargée d’organiser le travail des autres membres du cabinet.
Il est chargé de l’agenda du Ministre et de ses déplacements et s’assure de la bonne coordination des activités.
Il est souvent responsable des discours du Ministre et définit les priorités de celui-ci.

Bien que personne ne connaisse son nom,  c’est lui qui gère le quotidien des dossiers.
Le Ministre ne pouvant ni tout savoir, ni être au courant de tout dans son domaine, c’est le Chef de Cabinet qui recueille les informations nécessaires et prépare les dossiers du Ministre.
Son influence n’est donc pas négligeable.

Il n’y a pas de règle quant à la nomination d’un Chef de Cabinet.
Il peut être du secteur privé comme de l’Administration publique.
Mais au vu des missions à accomplir, son choix est stratégique. Cela doit être une personne de confiance avec qui le Ministre doit travailler étroitement.
De plus, le Chef de Cabinet doit être capable de préserver les intérêts du Ministre.

Mais la fonction requiert, outre les compétences intellectuelles nécessaires, un engagement lui permettant de résister aux fortes pressions, aux longues journées de travail et aux courtes nuits de repos.

Les autres membres du Cabinet ont des titres comme conseillers, attachés ou chargés de mission.
Ils sont responsables d’un domaine précis relevant du ministère.



Comment Albert est-il devenu attaché puis chef de cabinet ?

Pour comprendre comment Albert a pu atteindre cette position, il faut revenir un peu en arrière….

Grâce à sa fiche matricule (classe 1897 de Toulon - N°751), on apprend qu’après son service dans l’armée active,  il a été « classé dans la non affectation comme employé de l'administration des colonies (services civils du Laos) du 11 février 1905 au 22 mai 1909.

On voit ici la première référence aux colonies et à un travail administratif.

Fiche Matricule de François Albert TAJASQUE
Classe 1897 de Toulon


2 aout 1914, c’est la mobilisation générale.
Il a la fonction de maire colonial en congé2. Il est affecté au 113e Régiment Territorial d'Infanterie et arrive au corps le 3 août 1914. Le 17 septembre 1914, il est détaché au cercle des Officiers3 de Toulon comme secrétaire de Mr le Vice-Amiral4.

Il sera donc le secrétaire du Vice-Amiral, emploi qui a dû étonnamment bien le préparer à la fonction de Chef de Cabinet qu’il exercera plus tard….


FIN.






1 voir aussi Gustave Simon pour plus d’informations

2Le maire représente dans son village l'autorité française

3 voir le Journal de Léontine DUPUY ((sa mère) en ligne ici :
- page 45 - 5 et 6 aout 1914 : "Ce matin à 5 heures mon fils aîné qui se trouvait à Vichy est arrivé après un voyage de 40 heures dans un fourgon ; il était en congé de convalescence et s'est mis à la disposition du général".  "Albert est affecté au dépôt du 113e territorial".
- page 61 et 62 - vendredi 4 septembre 1914 : "Mon Albert m'a dit qu'il serait obligé de rester à Hyères parce qu'étant caporal il serait désigné pour instruire les recrues ; il a donc fait provision d'insecticide pour endormir les vilaines bêtes qui ont élu domicile dans les lits de la caserne. Voilà qui n'est pas réjouissant et lui promet de bonnes nuits. Je suis allée voir Mad. Bargone, arrivée le matin même de Paris pour qu'lle ait la bonté de parler au col. Lemerk afin de prendre Albert au bureau de la place ; réussirons-nous ?"
- page 63 - Lundi 7 septembre : "Très occupée par les démarches à faire pour Albert. Je viens de recevoir la réponse de Mad. Barg. Papa ira demain à Hyères voir le commandant. Puissions-nous réussir."
- page 63 - Mardi 8 septembre 1914 : "Le commandant s'est montré aimable. Albert lui écrira pour rendre ses galons et après, ce sera l'affaire du colonel L."
- page 68 et 69 - Mercredi 16 septembre 1914 : "Albert est arrivé. Le commandant l'avait prévenu que le général le faisait appeler à la su... Le voilà casé grâce à son ami le lieutenant Le Cames aide de camp du général. Il sera secrétaire au cercle où l'on a installée des bureaux".


4Autres informations sur sa fiche matricule :
Il a « incorporé le 111e Régiment d’Infanterie à compter du 15 novembre 1898 comme soldat de 2e classe ». Il est passé dans la disponibilité de l’armée active le 21 septembre 1901.
Classé dans le service auxiliaire par la Commission de Réforme de Toulon du 7 septembre 1915 pour faiblesse générale. Maintenu au service auxiliaire par la Commission de Réforme de Toulon du 20 décembre 1915 pour faiblesse générale.
Passé à la 22e section d'Infirmiers le 26 février 1917 (employé en qualité d'infirmier interprète d'annamite* dans une formation sanitaire du G.M.P. Arrivé au corps le 27 février 1917. Nommé Sergent le 1er avril 1917. Nommé adjudant le 1er septembre 1917.
Mis en congé illimité de démobilisation par le dépôt démobilisateur de la 22e section d'Infanterie le 25 octobre 1919.
Libéré du service militaire le 10 novembre 1926

*L’Annam désigne un protectorat français, de 1883 à 1945, dans le centre de l'Indochine, le nord du Viêt Nam étant alors appelé le Tonkin, et le sud la Cochinchine (voir ici pour plus d’informations)




Sources :
*Le Petit Bleu (archives familiales)
Archives Départementalesdu Var


mardi 25 février 2014

#Généathème : Le document du mois : Le journal de Léontine entre 1879 et 1916

Février. C'est le mois qu'a choisi Sophie Boudarel pour nous inciter à vous faire découvrir un document qui nous tient particulièrement à cœur.

Je voudrai pour ce généathème vous faire découvrir la vie de Léontine DUPUY, mon arrière-arrière-grand-mère à travers un document qui à mes yeux est exceptionnel : le journal qu'elle a écrit entre 1879 et 1916 et dans lequel elle relate d'abord ses voyages puis sa vie pendant la guerre de 14-18. 




Léontine DUPUY épouse TAJASQUE
Mon arrière-arrière-grand-mère



Nous avons souvent une idée de la vie de nos ancêtres masculins à travers les métiers qu'ils ont pu avoir ou leur parcours militaire.
Mais les femmes ? Que sait-on d'elles ? Que peut-on apprendre des archives sur elles et sur leur vie ?
On découvre parfois qu'elles sont lingères, blanchisseuses, ... mais la plupart sont "sans profession" et désignées seulement dans les actes comme "fille de ..." jusqu'à leur mariage pour ensuite devenir "femme de ..".


Imaginer leur vie est donc difficile et j'ai d'autant plus de plaisir à vous faire partager le témoignage de Léontine à travers son journal que j'ai récemment trouvé dans les armoires de ma grand-mère.

Journal de Léontine DUPUY épouse TAJASQUE entre 1879 et 1916
Cliquez sur le titre pour accéder au document en ligne !


Léontine est une jeune fille de 19 ans quand elle épouse Jacques TAJASQUE, Lieutenant de vaisseau de 37 ans, en septembre 1876 à Toulon (83 - Var). Ils auront ensemble 3 enfants, Albert, Léon et Georges. 

Pour rappel, c'est Léon, Mort pour la France le 4 juin 1917, à qui j'ai rendu hommage dans mon article de novembre dernier que vous pouvez lire ou relire ici. 



J'avoue que je ne m'imaginais pas la vie de mon arrière-arrière-grand-mère comme çà !
Je pensais que Léontine était une femme au foyer sans histoire ni grand-chose à raconter...
Pour tout vous dire, quand j'ai trouvé ce carnet, et le moment d'émotion passé (j'avoue, j'avais les larmes aux yeux !) quand j'ai lu les premiers mots...


 ... je n'ai pas imaginé une seconde que c'était la mère de mon AGP qui avait pu écrire ces lignes !
J'ai tout de suite pensé à son mari Jacques TAJASQUE qui a eu une vie passionnante que je vous détaillerai dans un prochain article.

Voyage d'Algérie, janvier 1879...
Je ne pensais pas qu'on pouvait aller aussi loin juste pour quelques semaines à cette époque !

Léontine a dû penser qu'écrire sur la vie quotidienne n'avait pas d'intérêt, alors elle a décidé de décrire chaque année ses vacances estivales pendant lesquelles elle a fait de nombreux voyages.
    • Janvier 1879 : voyage en Algérie (page 001)
    • Septembre 1885 : voyage à Brest (page 003)
    • Septembre 1891 : voyage à Paris par Nîmes et Vichy - retour par Genève (Suisse) (page 004)
    • Octobre 1896 : voyage à Paris et dans l'Est (page 005) : Reims (page 005) - Bazeilles (Musée de la dernière Cartouche) (page 005) - Verdun (page 007) - Nancy (page 007) - Epinal (page 008) - Besançon (page 008) - Mouchard et Pontarlier (page 009) - Lausanne (page 009) - Genève (page 009) - Chambéry (page 009) - Grenoble (page 010) - Saint Laurent du Pont (page 010) - La Grande Chartreuse (page 010) - Toulon (page 011)
    • Juin 1900 : voyage à Chamonix (74 - Haute-Savoie) et en Suisse (page 012) pour passer l'été en famille - arrêt à Grenoble (page 012), à Annecy (page 012), à Saint-Gervais (page 014), à Chamonix (page 0115), et à Montreux (suisse) (page 026).
    • Juillet 1901 : voyage à Mens (38 - Isère) (page 026) - Briançon (05 - Hautes-Alpes) (page 027) - Grenoble (38 - Isère) (page 027) - Saint-Pierre-de-Chartreuse (38 - Isère) (page 027)
    • été 1902 : voyage à Monnetier (74 - Haute-Savoie) (page 028)
    • été 1903 : voyage à Chamonix (74 - Haute-Savoie) (page 029) et à Brides-les-Bains (73 - Savoie) (page 030)
    • été 1904 : voyage à Chamonix (74 - Haute-Savoie) (page 031) et à Plombières Les Bains (88 - Vosges) (page 031)
    • été 1905 : voyage à Chamonix (74 - Haute-Savoie) (page 032)
    • été 1906 : voyage à La Bourboule (63 - Puy-de-Dôme) (page 033)
    • été 1907 : voyage à Chamonix (74 - Haute-Savoie) avant d'aller à Interlaken en Suisse. Arrêt à Montreux et à Berne. (page 034)
    • été 1908 : voyage à Morgins (Valais - Suisse) pour l'été (page 035)
    • été 1909 : voyage à Champex (Valais - Suisse) (page036) puis à Viège et Zermatt (Suisse)
    • été 1910 : Léontine est partie à Gréoux (page 037)
    • été 1911 : été à Toulon (page 038)
    • été 1912 : été en Suisse à Engelberg puis à Lucerne, Zurich et Chamonix (France) (page 038-039)
    • été 1913 : voyage à Grindelwald en Suisse puis à Châtel (page 040-041)

Je vous invite spécialement à lire le récit du voyage que Léontine et Jacques ont entrepris en octobre 1896 lorsqu'ils ont quitté Toulon pour Paris et l'Est.
Ils se sont arrêtés dans plusieurs villes et villages de France et de Suisse : Reims -
Bazeilles (Musée de la dernière Cartouche) - Verdun - Nancy - Epinal  - Besançon - Mouchard et Pontarlier - Lausanne (Suisse) - Genève (Suisse) - Chambéry - Grenoble - Saint Laurent du Pont - La Grande Chartreuse  avant de rejoindre Toulon (page 005 à 011). 
Voir transcription en bas de page





Voyage de Léontine et son époux Jacques TAJASQUE en octobre 1896
Cliquez sur le titre pour accéder à la carte en ligne
Source : Google Maps Engine Lite





Malheureusement, en 1914, la guerre éclate.
Je vous propose de lire les premiers mots de Léontine sur la guerre et le départ de son premier fils : Georges. 



Journal de Léontine DUPUY - page 042
Page 042 - Eté 1914

Ayant cette année le bonheur d’avoir mes enfants en congé, nous avions projeté d’aller de nouveau à Engelberg ; nos préparatifs étaient faits et notre départ fixé au 27 juillet, lorsque la veille dimanche 26 les journaux annonçaient que l’Autriche Hongrie avait déclaré la guerre à la Serbie ; la Russie promettant son appui à cette petite puissance, c’était pour nous une guerre très prochaine en perspective, comme alliés de la Russie ; il était donc prudent de retarder ce départ ; nous supposions que ce ne serait d’un retard, espérant toujours que les chefs d’Etat hésiteraient avant de mettre l’Europe à feu et à sang. Hélas, ce que l’on redoutait et ce que l’on souhaitait tout à la fois éclata le 1er août ; A 5h, au moment où Pierre, commandant un contre torpilleur, nous faisait ses adieux,

Journal de Léontine DUPUY - page 043
Page 043 - le canon retentit, la générale, comme un glas funèbre annonçait la mobilisation ; quel affolement, quelles angoisses pour les mères et les épouses, qui s’arrachaient des bras de ceux qu’elles chérissaient. Mon jeune fils Georges accompagné de sa cousine Simone, me conduisit à l’église St Louis. J’ai vécu ce jour-là les heures les plus atroces de mon existence.
Lundi 3 août

Après avoir recommandé mon fils à la Vierge, je me traînais péniblement de magasin en magasin pour l’achat des objets indispensables à mon Geo. Il nous quitta le lundi 3 août 1914 à 5h30 du matin. J’eus le courage de l’embrasser sans verser une larme, ce dont je me serais crue incapable. Accompagné de son père et de son frère Léon, j’ai vu du balcon s’éloigner cet enfant, je lui adressai de la main un dernier adieu, et je

Journal de Léontine DUPUY - page 044
Page 044 - rentrai à bout de forces me prosterner  au pied de la Vierge. Je l’invoquai pour mon Petit, lui demandant de me le ramener et j’adressai les mêmes prières à ma bonne maman.
La guerre ! la guerre ! Que de fois j’ai dû répéter ce mot qui fait frémir pour bien me convaincre que tout ce qui venait de se dérouler n’était pas un horrible cauchemar !
Mardi 4 août

J’ai écrit à mon cher petit à Marseille. Que de tristesse autour de moi, que de larmes…




Quelques mois après le début de la guerre, la vie s'organise autour de la guerre et des blessés.

Journal de Léontine DUPUY - page 050

Page 050 - Lundi 17 août
Pas de nouvelles encore ! Mon Dieu donnez-moi la force de supporter ces angoissantes journées qui s’écoulent si tristement.
Mardi 18 août
J’ai appris par Thérèse que son fils était à Mirecourt avec son régiment et qu’on attendait différents corps d’armée dont le XI ; c’est celui auquel est affecté mon Geo ; le voilà bientôt sur le théâtre de la guerre !
Mercredi 19 août

Toujours rien, c’est atroce de se demander à toutes les heures de la journée, que dis-je, à toutes les minutes : où est-il ? Mon Dieu, mon Dieu ! Protégez mon Petit, rendez-le à sa mère, ayez pitié de toutes les pauvres mères qui souffrent comme moi.



Journal de Léontine DUPUY - page 071
Page 071 – Mardi 6 octobre
J’ai été tellement occupée avec nos soldats blessés que je n’ai pas trouvé une minute pour mon petit cahier. Nous faisons, en ce moment, des plastrons pour nos soldats d’Algérie et les troupes sénégalaises. J’ai envoyé des vêtements chauds à mon Petit. J’ai de bonnes nouvelles jusqu’à présent, que Dieu le protège toujours !
Vendredi 25 décembre 1914

Voilà près de trois mois que je n’avais plus ouvert mon petit cahier : hélas ! Malgré les soucis, les angoisses sans cesse renouvelées, le temps s’écoule sans apporter de notables améliorations ou changements à l’état actuel. C’est la guerre dans toute son horreur, c’est la guerre sans trêve, la guerre continue et dont nul ne peut prévoir la fin. Que nous sommes malheureux, Mon Dieu !


  21 février 1915 : Léontine voit partir son second fils à la guerre.

Journal de Léontine DUPUY - page 074
Page 074 – 21 février 1915

Il est parti, mon Léon, mon Petit ! Cet après-midi à 2h. Son père et son frère l’ont accompagné et je suis restée seule à la maison le cœur meurtri, déchiré, sanglotant, criant, hurlant, pourrais-je dire, demandant à Dieu d’avoir pitié de moi et à sa Ste Mère de veiller sur mon enfant, de le protéger. J’avais, le matin, fait la communion afin d’avoir le courage de supporter cette épreuve, la plus cruelle qui soit imposée à une mère. N’est-ce pas inhumain de m’avoir enlevé cet enfant que j’ai tant soigné ? J’ai peur pour lui ; il ne pourra jamais supporter les fatigues du régiment, bien qu’il soit plein de bonne volonté et très fier d’être militaire et de se rendre utile à son pays. Mon Dieu, Mon Dieu, veillez sur lui et ayez pitié de sa pauvre mère.


15 avril 1915. Description d'un soldat à travers les yeux d'une mère.


Journal de Léontine DUPUY - page 075
Page 075 – 15 avril 1915

Voilà près de deux mois que je n’avais pris mon petit cahier et cependant j’ai pas mal de choses à noter. D’abord mon Léon à la caserne de Lyon dans un lycée moderne près du parc de la Tête d’Or, en face de la gare des Brotteaux, enchanté d’être soldat et surtout d’être à Lyon, hélas trop peu de temps, au bout de 12 jours, envoyé à Nyons (Drôme) un trou de 3 mille habitants, ils sont environ 4 mille hommes répartis dans les écuries, remises, étables, quelle horreur ! Je les ai vus ces bons soldats couchés sur leur sac de paille, car le 20 mars, je suis allée avec mon mari passer 4 jours auprès de notre cher enfant. J’ai eu le bonheur de le trouver en bonne santé, très résigné, mais vêtu comme un mendiant ; capote percée de trous de balles, pantalon velours gris sur lequel avait déteint un pantalon toile bleue ; sa capote était courte, étriquée. Mon fils, si élégant en temps ordinaire était grotesque mais il n’avait pas l’air de s’en soucier, il acceptait tout avec philosophie. 


Ces quelques pages sont un véritable témoignage de la vie de mes ancêtres et de la première guerre mondiale qui me semblait si loin.
A lire les mots d'une mère, on comprend le déchirement qu'a dû connaitre la France lorsque ses enfants sont partis défendre la nation.

Ici s'achève le premier journal de Léontine.




Récit du voyage que Léontine et Jacques TAJASQUE en octobre 1896 lorsqu'ils ont quitté Toulon pour Paris et l'Est (page 005 à 011) :

Page 005
Voyage à Paris et dans l’Est
Exposition de Genève, octobre 1896
Hôtel Donou[1], rue Donou près de l’avenue de l’Opéra.
Nous sommes partis au moment de l’arrivée du gaz.
Par une étrange coïncidence, nous nous sommes arrêtés à Reims pour visiter la cathédrale où l’on fêtait le XIVe centenaire du baptême de Clovis, processions d’évêques, d’archevêques, cardinaux ; dans l’église St Rémy se trouve la châsse[2] de l’Evêque de ce nom (rues Maréchal Drouot, Changy, cardinal de Lorraine, Gambetta, Thiers, St Louis,  Roederer). De Reims nous sommes allés à Bazeilles[3], où nous avons visité la maison de la dernière cartouche et l’ossuaire, visite qui m’a vivement impressionnée. C’est la petite fille de la propriétaire de la maison qui fait visiter. On a recueilli, dans une pièce du rez-de-chaussée, tous les débris de cuirasse, fusil, tout ce que la

Page 006 - Meuse charriait et l’on a fait une sorte de musée. On a fait encadrer la lettre de Napoléon III à Guillaume ; au moment de la défaite de Sedan, l’horloge haute et étroite est arrêtée à l’heure même où les Prussiens lançaient les obus sur la ville, les cloisons sont percées de part en part, tout à été laissé dans le même état. Les chambres du premier, que nous avons visitées ne sont plus habitées ; on voit aussi toujours le désordre de la guerre, c’est lamentable. Nous avons vu la vieille grand-mère au moment où elle prenait son repas du soir. Cette bonne femme s’était réfugiée dans les caves de sa maison et avait pu passer en Belgique.
Il  était déjà nuit quand nous avons visité l’ossuaire où sont contenus les restes des soldats français et prussiens. A droite sont les nôtres et à gauche nos ennemis. Cette crypte se compose d’une suite de petites caves fermées par

Page 007 - des portes à claires voies. Le gardien, pour nous donner des explications et nous montrer les différents crânes alignés sur le sol, passait sa lanterne à travers les barreaux et nous soulignait les détails les plus curieux. J’étais morte de peur, j’osais à peine écouter et encore moins regarder. A l’entrée des portes on avait, aux différents anniversaires, suspendu des couronnes commémoratives. Ce gardien nous avait fait remarquer la différence de grosseur qui existait entre le crâne des Bavarois et des Prussiens. J’avais hâte de voir se terminer cette visite. En quittant Bazeilles, nous sommes allés coucher à Verdun, ville fortifiée, à l’hôtel du Coq hardi, après avoir vu l’hôtel de la cloche d’or. [La] Porte Saint-Paul aux créneaux, autre porte près de la gare, ressemble à la Porte d’Italie. 
De Verdun à Nancy, hôtel d’Angleterre, très belle ville. En quittant

Page 008 - la gare, place avec statue de Thiers. Place St Stanislas, statue du roi de Pologne, superbe place, c’est un immense carré dont les côtés, qui se font face, sont coupés par des portes monumentales en bronze doré ; dans l’intervalle d’une porte à l’autre se trouvent l’hôtel de ville, le théâtre et différents hôtels, arc de triomphe qui nous conduisent au cours Héré puis au parc de la pépinière ; Eglise St Epure, palais ducal, qui sert actuellement de gendarmerie, chapelle ducale, le gouvernement, résidence du général ; les rues sont larges, coupées par d’autres de la même longueur et largeur. Nous avons quitté Nancy le 4 octobre pour aller à Epinal. Nous n’y sommes restés qu’une heure. La Moselle traverse la ville d’Epinal à Besançon.
Arrivés à 9h du soir, descendus à l’hôtel de l’Europe rue St Pierre, visité un très ancien édifice appelé la mairie

Page 009 - qui réunit chambre des Communes, etc. Le Doubs traverse la ville et la sépare en deux parties. Du côté de l’Avenue Carnot on voit un pont très long, du côté du jardin public, le lit de la rivière est dans un endroit plus élevé de sorte que les eaux, en s’écoulant, produisent un bouillonnement écumeux. Nous avons remarqué dans le square Amour le buste de l’Amiral Devarenne. Nous avons quitté Besançon lundi 5 octobre pour nous rendre à Moncharet et Pontarlier.
Le pays commence à être très accidenté déjà, on comprend que nous approchons de la Suisse. Nous coucherons ce soir à Lausanne. Vallorbe[4], visite de la douane. Arrivés à Lausanne à 9h, descendus [à] l’hôtel du Grand Pont, près des postes et messageries. De Lausanne à Genève, visite de l’exposition et remarqué surtout le village suisse. De Genève à Chambéry,

Page 010 - nous avons eu 1h ½ d’arrêt et avons visité la ville à la lueur des becs de gaz ; petite ville traversée par une rivière nommée L’Ess [5]; remarqué un beau lycée et école normale.
Arrivés à Grenoble, le 7 octobre à 10h [du] soir. Le lendemain à 6h nous allions à la Grande Chartreuse. La route qui y conduit est fort belle ; pour aller nous avons pris celle de St Laurent du Pont. Le paysage est superbe, nous avons traversé différents petits villages où l’on changeait nos chevaux, à un moment nous en avions assez. A cet endroit, la route devient de plus en plus sauvage ; nous avions à notre droite d’immenses gorges, des sapins d’un vert sombre au pied desquels roulait avec bruit un torrent. Notre voiture longeait le bord avec précaution, car le moindre écart nous aurait précipités dans le gouffre. Arrivés à la route appelée le Désert, nous avons trouvé successivement 4 longs tunnels creusés dans la montagne. Il est difficile de trouver un paysage plus

Page 011 - imposant. A 10h, nous avons traversé une épaisse brume. On voit le Grand Som[6], le point le plus élevé de la Grande Chartreuse. A 11h½  nous arrivions du monastère qui se trouve à droite et, à gauche, la maison des religieuses. C’est là que j’ai déjeuné seule, car malgré mes prières on a refusé d’y admettre mon mari qui a mangé chez les Pères. A 2h½  nous repartions par la route du Sappey, non moins belle, mais moins sauvage que celle de St Laurent. Distillerie Bonnal[7] à St Laurent-du-Pont ; c’est un ancien chartreux qui exploite à son bénéfice le secret des Pères. Nous n’avons pas eu le temps de visiter la ville parce nous étions forcés de rentrer à Toulon, le congé de mon mari étant expiré.




[1] Il s’agit de l’Hôtel Daunou, rue Daunou
[2] Coffre précieux où l'on conserve les reliques d'un saint
[3] Commune française, située dans le département des Ardennes en région Champagne-Ardenne (à 22 km de Charleville-Mézières)
[4] Poste frontière entre la France et la Suisse
[5]  S’écrit Leysse en réalité
[6] Sommet du massif de la Chartreuse (Isère) culminant à 2 026 m
[7] S’écrit Bonal en réalité






Lectures pour comprendre Léontine :



FIN.


mercredi 5 février 2014

Mon épine généalogique résolue !


Cet article fait suite au dernier intitulé "Mon épine généalogique" que vous pouvez lire ici.


Vous avez pu découvrir dans mon dernier article le récit de l'une de mes épines généalogiques, celle de ma branche FERRON qui s'arrêtait en 1762.
Grâce à l'aide de nombreuses personnes, la branche FERRON repousse de plus belle !

Source : Flickr

Tout d'abord un petit rappel de l'énigme...

Après avoir réussi à remonter ma ligne agnatique jusqu'à la naissance de mon sosa 128, René Mathurin FERRON (8e génération) en 1762 à Fontaine-Couverte dans la Mayenne (53), impossible de trouver la trace du mariage de ses parents Mathurin FERRON et Marguerite AUBERT.

L'un des problèmes majeurs pour trouver la trace de ce mariage était que je n'avais aucun indice m'indiquant l'âge des parents à la naissance de René Mathurin ce qui m'empêchait de cibler mes recherches sur une courte période. L'écriture à cette époque ressemblant à des hiéroglyphes, on essaye si possible de ne pas avoir 30 ans de registre à parcourir... surtout quand on ne sait pas si on cherche dans la bonne commune !

Car l'autre problème consistait à trouver la commune de ce mariage ! René Mathurin étant né à Fontaine-Couverte (53), il semblait logique de commencer par là.... mais un petit tour sur Généanet m'a fait entrapercevoir le nombre gigantesque de FERRON dans cette zone. Il y avait une grande chance que tout ce petit monde soit de ma famille et il était fort possible que mes ancêtres se soient mariés et aient vécu dans d'autres villages que Fontaine-Couverte avant de voir naître leur fils en 1762.


La réponse m'est parvenue en deux temps.

Tout d'abord, un lecteur m'a contactée par Généanet pour m'indiquer qu'il avait relevé plusieurs naissances de FERRON dans la commune de Fontaine-Couverte (53) dont les parents se nommaient aussi Mathurin FERRON et Marguerite AUBERT, et qu'il avait aussi trouvé l'acte de décès de Marguerite AUBERT dans lequel son âge était indiqué (voir ici pour les détails).

Grâce à lui, je pouvais désormais cibler plus précisément le mariage tant recherché qui devait se situer très probablement entre 1748 et 1754.


J'avais commencé à attaquer les registres de Fontaine-Couverte quand j'ai été contactée par twitter (merci le petit oiseau bleu !) par ma sauveuse, Tatiana YVON, généalogiste professionnelle connaissant bien l'Ouest de la France (@yvongenea sur twitter que vous pouvez retrouver sur son site yvongenealogie.fr).



J'avoue qu'avec le nombre de FERRON dans cette zone géographique et le fait que Tatiana m'indiquait des ancêtres dans une autre commune que Fontaine-Couverte ou Congrier, je ne me suis pas précipitée... alors imaginez ma surprise quand je suis allée voir le registre le soir même et que j'ai découvert le fameux acte de mariage tant recherché ! 
Inutile de vous dire que je sautais sur place !


Acte de Mariage de Mathurin FERRON et Marguerite AUBERT
le 26 juin 1751 à Saint-Michel-de-la-Röe (53)
Source : Archives Départementales de la Mayenne - E dépôt 177/E22


le vingt sixième juin mille sept cent cinquante
un après la publication des bancs canonique-
ment faitte dans notre eglise par trois
dimanches consécutifs sans aucun empêchement
venu à notre connaissance ont étés épousés
par nous vicaire soussigné Mathurin ferron
fils de jean ferron et de def[un]te Michelle suhard
ses père et mère agé d’environ vingt trois ans d’une part et Margueritte renée
aubert fille de michel aubert et de
de def[un]te Margueritte fhetier ses père et mère
agée d’environ vingt deux ans en présence
de jean ferron père du marié et de jean ferron
frère et de françois ferron aussi frère et de
Michel aubert père de la mariée et de jeanne aubert sœur et de renée et perrinne
Aubert tous qui ne signent.

Ah les ancêtres ! Ils ne nous facilitent pas les recherches !
Quelle idée d'aller se marier à Saint-Michel-de-la-Röe !
Cela étant dit, ce n'est pas loin d'être à mi-chemin entre Fontaine-Couverte et Congrier... :)

Source : Google Maps Engine

Un grand, GRAND, GRAND MERCI à Tatiana sans qui je serai encore en train de m'abîmer les yeux sur les registres de Fontaine-Couverte !

Grâce à ce mariage, je peux m'accrocher aux branches d'autres généalogistes sur Généanet et remonter d'un coup plusieurs générations ! mais çà, vous le découvrirez à l'occasion d'un prochain billet....


FIN.

Ps : Certains personnes ayant lu mes articles précédents auront peut-être vu que mes grands-parents paternels étaient tous les deux issus d'un YVONNO qui, en remontant les générations, vient d'un dénommé YVON !
Alors, juste au cas où, je suis quand même allée vérifier l'ascendance du mari de Tatiana... mais sa famille vient de la Sarthe et non du Finistère comme mes ancêtres !