jeudi 16 avril 2015

Alice JACQMIN



J’ai grand plaisir à vous présenter Alice que j’ai rencontrée à mes tout débuts en généalogie et dont le destin funeste m’a beaucoup frappé.
Est-ce parce que c'était la première à  me faire voir au-delà des simples dates de naissance et de décès ?
Est-ce parce ce que j’avais à peu près le même âge qu’elle quand la mort est venue la surprendre ?
Ou est-ce parce que grâce à elle, j’ai pu constituer toute une partie de mon arbre généalogique ?
En tout cas, je l’ai toujours à l’esprit presque vingt ans plus tard…

Mais commençons par le début.


Portrait d'Alice
Source : Archives Départementales de Paris (75)



Alice Augustine Marie JACQMIN est née le 2 juillet 1887 à Paris (75) dans le dixième arrondissement.
C’est le septième enfant d’une famille qui en comptera douze.
Son père, Albert JACQMIN, a 33 ans à sa naissance. Il a fait l’Ecole Polytechnique et il est Ingénieur au Chemin de Fer de l’Est.
Sa mère, Anaïs, est la fille de Jules CAILLOT, qui lui aussi est Ingénieur et a fait l’Ecole Polytechnique.
Le couple s’est marié en mai 1870, à peine deux mois avant le début de la guerre de 1870.



Acte de Naissance de Alice Augustine Marie JACQMIN


L’an mil huit cent quatre vingt le deux juillet
à trois heures, Acte de Naissance de Alice Augustine
Marie du sexe féminin, née ce matin à trois heures rue du faubourg
Saint Martin n°167, fille de François Albert JACQMIN âgé de trente
trois ans Ingénieur au Chemin de Fer de l’Est Chevalier de la légion d’honneur
et de Marie Anais Caillot son épouse, âgée de trente ans, sans profession
demeurant rue de Valenciennes 12. L’enfant a été présenté et déclaré par son
père en présence de Joseph François Félix âgé de quarante ans Inspecteur
Principal au Chemin de fer de l’Est rue Condorcet 57 et de Victor Xavier
Laverne âgé de quarante huit ans Chef de Bureau au Chemin de fer de l’Est
Place du Palais Bourbon 8 qui ont signé après lecture avec le déclarant et nous
Julien Lyon, Adjoint au Maire Officier de l’Etat Civil.



Ce n’est pas l'une de mes ancêtres directes, ni même la sœur ou la belle sœur de l’un d’eux. Alice est la petite cousine de mon arrière-grand-père André JACQMIN : leurs grand-pères étaient donc frères.


Arbre de parenté entre Alice JACQMIN
et mon AGP André JACQMIN
Source : Heridis





Alice a rencontré une mort tragique alors qu’elle était âgée d’à peine 17 ans.
Elle est décédée dans l’incendie qui a ravagé le Bazar de la Charité à Paris le 4 mai 1897.


Source : Gallica

L’incendie a bien sûr fait la une de tous les journaux de Paris pendant de nombreux jours.

La Une du Petit Parisien du 6 mai 1897 - Source : Gallica

Page 2 du Petit Parisien du 6 mai 1897 - Source : Gallica




Extrait :

« L’incendie de la rue Jean-Goujon : 150 morts – 300 blessés

Le Bazar de la charité tenait pour la douzième fois ses assises dans le quartier des Champs-Elysées.

Depuis sa création, en 1885, le succès allait sans cesse grandissant, et on évalue à sept millions de francs la somme que les recettes faites par les dames vendeuses ont rapportée aux diverses œuvres de concours charitables et généreux.




Le Bazar de la Charité est certainement une des plus belles œuvres de la charité de Paris, où pourtant il s’en compte un si grand nombre. » (…)
Cette année, il avait été installé sur un vaste terrain de la rue Jean-Goujon, mis gratuitement à la disposition du Comité par M. Michel Heine. (…)

 

Vue d'ensemble du "Bazar de la Charité" avant l'installation des comptoirs
Source : Gallica




Il y avait en tout vingt-deux boutiques, les numéros pairs à droite, les numéros impairs à gauche. Tout au fond à gauche se dressait l’église gothique. (…)

Mardi, les clients et les clientes avaient montré d’autant plus d’empressement que le nonce apostolique devait venir donner aux assistants la bénédiction du pape.

A trois heures, il y avait dans le vaste hall près de six mille personnes. Le nonce, après avoir fait le tout des comptoirs de vente, installés à droite et à gauche, se retira.

Cette visite avait duré une demi-heure environ. Près de la moitié des visiteurs partirent à sa suite. C’est à cette circonstance seule que le nombre des morts doit de n’êtres pas plus considérable encore.

La vente continua avec une assez grande animation.

Tout à coup, vers quatre heures un quart, un cri retentit : « Au feu ! ».

Au même instant, des flammes s’élevèrent de toutes parts, terribles, menaçantes, s’étendant en moins d’une minute d’un bout à l’autre du hall.

Le sinistre avait pris naissance dans un petit salon situé dans un angle du pavillon où se trouvait installé un cinématographe.

Une lampe à gaz oxhydrique, servant de foyer lumineux pour les projections, venait d’éclater et un long jet de flammes avait atteint le velum en toile formant la toiture.

Il y eut un moment de panique effrayant lorsque les assistants se furent rendus compte du danger.

Des cris épouvantables, surhumains, retentirent. Les femmes, en très grand nombre, perdaient la tête, courant, affolées, de droite et de gauche, cherchant inutilement des issues malheureusement trop étroites et encombrées par la foule.

Pendant ce temps, le sinistre continuait son œuvre de destruction. Le feu s’était communiqué aux parois du bazar, planches légères de pitchpin fraîchement verni. Ce fût une flambée.

En cinq minutes l’édifice tout entier brûlait de la toiture au plancher, dégageant une chaleur torride.

(…) »



Tous les journaux de Paris décrivent en détail la panique, les cris, la mort atroce de ces pauvres femmes, brûlées vives, asphyxiées et piétinées.



On trouve une référence spécifique à Alice dans le Figaro du 6 mai.
  

Le Figaro du 6 mai 1897

Source : Gallica



C’est ainsi que Léon, le frère d’Alice, et Paul, son oncle vont à la mairie du 8e déclarer le décès de la jeune fille.

 
Acte de Décès de Alice Augustine Marie JACQMIN


L’an mil huit cent quatre vingt dix sept, le cinq mai à midi
et demi, Acte de décès de Alice Augustine Marie JACQMIN, âgée
de seize ans, née à Paris, sans profession, décédée rue Jean Goujon 19 le
quatre mai courant à cinq heures du soir*, fille de François Albert Jacqmin
âgé de cinquante ans, secrétaire général de l’exploitation à la compagnie des chemins de fer de l’Est,
Chevalier de la légion d’honneur, et de Marie Anaïs Caillot, son épouse, sans profession.
Célibataire. Dressé vérification faire du décès par nous Joseph Sansboeuf, adjoint au
Maire officier de l’Etat civil du huitième arrondissement de Paris, officier de la légion d’honneur
Officier d’académie, sur la déclaration de Léon Octave Paul Jacqmin, vingt et un an accompli
Clerc de notaire, 1 rue Nouvelle, frère de la défunte et de Paul Jacqmin, avocat à la cour
d’appel de Paris, quarante-quatre ans, oncle paternel de la défunte, 48 boulevard Malesherbes, qui ont signés avec nous.

*et transportée au domicile de ses père et mère eu Nouvelle, 1



Quelques jours plus tard, c’est l’oraison funèbre.


Oraisons funèbres et Discours

Source : Gallica




On publiera plus tard un Livre d’Or de 320 pages des Martyrs de la Charité.


Livre d'Or des Martyrs de la Charité

On peut y lire page 252 un passage dédié à Alice.


Livre d'Or des Martyrs de la Charité - page 252
Source : Gallica



Mais c’est le document ci-dessous sur lequel je suis tombée il y a vingt ans.
Il me semble que je l’avais découvert aux Archives de Paris. Malheureusement, je n’ai pas noté la cote du document à l’époque, novice que j'étais !



Généalogie d’Alice JACQMIN
Source : Archives Départementales de Paris (75)




On y retrouve toute la généalogie d’Alice : parents, grand-parents, fratrie ainsi que l’ensemble de  leur descendance ! Neuf pages d’informations précises avec dates et lieux de naissance, mariage et décès !
De quoi démarrer la passion d’une vie !


FIN.


Vous pouvez voir la généalogie d'Alice sur mon arbre en ligne sur Généanet en cliquant ICI !



[1] Je vous invite aussi à lire Le Petit Parisien du 7 mai 1897




Sources :

La catastrophe du Bazar de la charité (4 mai 1897) – Gallica
Le Petit Parisien du 6 mai 1897 - Gallica
Le Figaro du 6 mai 1897 - Gallica
Oraisons funèbres et Discours - Gallica
Livre d'Or des Martyrs de la Charité -Gallica






12 commentaires:

  1. Cela fait plaisir de te retrouver après un si long silence !

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  2. Bon retour parmi les généablogueurs ! C'est toujours un plaisir de te lire. Et quel article ! Je partage.

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  3. super, nous retrouvons notre généablogueuse. un vrai bonheur. Je connaissais la destinée d'Alice, mais pas sa vie. encore merci. Coco

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  4. Ah la la pauvre Alice ! Une histoire pas banale...Merci ! Morgan

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  5. Bon retour parmi les geneablogueurs 😃

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  6. Un bon moment que l'on ne t'avait pas lu, mais toujours autant de talent pour écrire.

    Une bien triste histoire.

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  7. Et voilà comment d'une tragédie nait une passion... Bel article.
    Étonnant ce livret que la généalogie d'Alice, retrouvé aux archives. Toutes les victimes ont-elles eu droit au même hommage ?

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  8. Bonjour et Merci à tous pour vos commentaires ! On retrouve beaucoup d'informations dans le Livre d'Or disponible sur Gallica mais ne sachant plus où j'avais trouvé ces pages sur Alice, je ne peux pas dire s'il en existe sur les autres victimes.

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  9. Bonsoir,

    Votre article est vraiment excellent, même si l'histoire qu'il raconte est tragique. Je ne connaissais pas l'existence de ce livre d'or, cependant, je crois savoir qu'il y aurait, dans Le Martyrologe du Bazar de la Charité, livre de Pierre Nicolas, une liste complète des victimes avec peut-être des renseignements biographiques (c'est ce qui est dit dans la description).

    Bonne soirée,

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    1. Bonjour Wilfried,
      Effectivement, Pierre NICOLAS a écrit "Martyrologe du Bazar de la charité: les victimes de l'incendie du 4 mai 1897 et leurs familles : dictionnaire prosopographique" , un livre de 730 pages qui est disponible à la Bilbliothèque Nationale de France à Paris 13e. ISBN 2-9515318-0-X - Côte : Tolbiac - Rez-de-jardin - magasin 2001- 91538 d'après le Catalogue de la BnF.

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  10. Un travail de mise en forme remarquable pour raconter l'histoire de Léontine, cela donne envie de découvrir tout le blog.

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